vendredi 12 décembre 2008

Interview Korg DS-10

Interview avec Nobuyoshi Sano (Cavia), Michio Okamiya (AQ Interactive) et Yasunori Mitsuda (Procyon Studio) au sujet de Korg DS-10.

Interview conduite par Jeriaska et Jérémie Kermarrec. Le texte est disponible en anglais sur GameSetWatch et en japonais sur le blog Korg DS-10.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, pouvez-vous expliquer ce qu'est Korg DS-10 ?

Nobuyoshi Sano : Ce n'est pas un jeu, mais un synthétiseur pour Nintendo DS. En comparaison avec les autres logiciels de musiques disponibles sur DS, je pense que c'est le plus accessible et le choix le plus efficace pour produire de la musique de qualité soi-même.

Nous avons appris qu'à l'image de votre interprétation d'aujourd'hui, Korg DS-10 est le résultat d'un fort travail d'équipe. Quels groupes ont été impliqués dans la création du logiciel ?

Sano : Des créateurs de Korg, de Procyon Studio et de la société où je travaille, Cavia, ont participé à la conception de Korg DS-10. Comme les programmeurs étaient tous extrêmement qualifiés, chaque phase du développement s'est déroulée sans problème. Tout le monde voulait créer quelque chose de remarquable grâce à la DS. Nous avons reçu l'aide d'employés de Korg, donc ce n'était pas juste un nom. Nous avons tous participé ensemble à la programmation.

Michio Okamiya : On peut dire que ce projet est la réunion des talents des équipes de différentes compagnies. C'est moi qui en suis le producteur, et j'ai vraiment voulu fraire un produit qui se concentre sur la musique. J'en ai parlé à Sano alors que nous buvions un verre, et nous avons pensé qu'il était temps de faire un instrument. Un synthétiseur ! Voilà comment le projet a débuté. En ce qui me concerne, je ne suis pas seulement fou amoureux des guitares, mais aussi des synthétiseurs, alors c'était une chance unique. J'espère que quelqu'un comme moi, qui ne joue pas au clavier ou qui adore les guitares, trouvera autant de plaisir à utiliser ce logiciel.

Yasunori Mitsuda : (Hidenori) Suzuki, de ma société, a travaillé sur le séquenceur. Nous avions déjà fait des recherches sur la DS à Procyon, alors quand Sano m'a dit qu'il travaillait sur ce projet, nous avons compris qu'il était possible pour la DS de servir de synthétiseur. A cette époque, nous avions en gros réussi à découvrir l'étendue des possibilités offertes par la console.

Yasunori Mitsuda

D'où viennent les pistes que vous avez interprété aujourd'hui ?

Sano : C'était "Grip", de Ridge Racer Revolution. Je n'aurais pas imaginé qu'elle serait si facile à programmer. Même s'il était impossible de la faire ressembler exactement à la piste originale, l'esprit de celle-ci était bien là.

Okamiya : La piste que j'ai interprété n'était pas de moi, mais de Nobuo Uematsu. J'ai obtenu l'autorisation de la jouer aujourd'hui. Quant à "Korg de Chocobo", c'est un nom auquel je viens tout juste de penser. J'espère qu'il ne va pas m'en vouloir de l'appeler comme ça.

M. Mitsuda, vous avez interprété un medley de Chrono Trigger et Chrono Cross. Je suis sûr que de nombreux membres du public avaient la sortie du remake DS en tête.

Mitsuda : C'est vrai, Chrono Trigger fait l'objet d'un remake sur Nintendo DS. J'ai écrit ces thèmes il y a lontemps maintenant, et aujourd'hui, j'ai enfin pu en faire un remix techno. C'était très amusant. Tout le monde avait l'air intéressé par cette idée, et je l'étais tout autant. Les pistes originales tendaient plutôt du côté des instruments acoustiques, alors réaliser un arrangement de style techno était une expérience totalement nouvelle.

Comment avez-vous songé à faire se produire le trio Korg DS au concert EXTRA ? Avez-vous déjà travaillé avec les organisateurs ?

Sano : J'ai convaincu M. Nakamura de le faire. Il est producteur à 5pb. Records, et c'est lui l'organisateur d'EXTRA. Je voulais montrer tout ce qu'il est possible de faire avec DS-10.

Nobuyoshi Sano

Comment s'est déroulée la collaboration avec AQ Interactive pendant le développement ?

Sano : Chaque jour était rempli de surprises. Même si je travaille dans ce domaine depuis dix-sept ans, ce projet m'a permis de faire énormément de découvertes.

Vous dites avoir interprété une piste de Ridge Racer Revolution, une série sur laquelle vous travaillez depuis ses débuts. Quel est votre meilleur souvenir de votre travail sur Ridge Racer ?

Sano : Vous savez, au moment où j'ai mis en place le segment introductif de cette piste, j'ai eu la vive impression d'avoir été touché par le doigt du génie. Je pense que je n'oublierai pas ce sentiment de sitôt.

EXTRA vous a permis d'interpréter de la musique électronique en concert, mais pour le jeu Drakengard, vous avez choisi de traiter de la musique orchestrale de manière électronique. Ces deux idées semblent à l'opposé l'une de l'autre. Y avez-vous songé pendant l'événement ?

Sano : Ces projets étaient similaires en cela que personne ne l'avait fait avant. L'une de mes plus grandes sources de motivation est la beauté de la simple exploration de la musique.

On peut constater un intérêt de plus en plus vif pour la musique que vous et Takayuki Aihara avez écrit pour Drakengard. Quelle était l'idée de base, et comptez-vous poursuivre ce genre d'expérience musicale à l'avenir ?

Sano : Je voulais travailler sur un concept musical que j'avais trouvé chez les Chemical Brothers. Ils ont utilisé le son d'une guitare mais l'ont assemblé sur un fond de techno. En règle générale, il semble acquis que la guitare n'a pas sa place dans la techno. En réfléchissant à cela, j'ai imaginé reconstruire de la musique orchestrale à la manière de la techno.

Le concept de base de Drakengard est que le joueur est submergé par une vague d'ennemis qu'il doit abattre, et que l'histoire devient de plus en plus chaotique au fil de la progression. J'ai cherché à exprimer cette impression à travers la musique. Mais pour les joueurs qui s'attendaient à des musiques de RPG classiques, c'était une déception. Ils se plaignaient que la musique était répétitive et désagréable. Certaines critiques étaient, on peut le dire, très dures.

Cela dit, depuis peu, j'ai commencé à recevoir un certain nombre de réactions positives, comme vous l'avez dit. Bien que la bande originale soit toujours une niche, il est satisfaisant de constater que de plus en plus d'avis reflètent les intentions originales du compositeur. En ce qui me concerne, j'aime toujours l'originalité et l'intensité de la musique. Si quelqu'un me demandait d'utiliser à nouveau de style, surtout s'il s'agissait d'une bande originale de film, j'arrêterais tous mes autres projets pour me concentrer uniquement sur celui-là. Je suis heureux d'avoir la chance de parler à nouveau de cette bande son, étant donné les échos négatifs qu'elle a reçu dans certains milieux.

Michio Okamiya

M. Okamiya, vous avez dit être intéressé par les synthétiseurs. Quel élément des synthétiseurs traditionnels avez-vous le plus voulu intégrer au logiciel Korg DS ?

Okamiya : D'abord, nous avons voulu en faire une expérience analogique, que le fait de toucher l'écran ait un sens. Par exemple, le Patch Mode est un élément essentiel du logiciel car il vous permet de créer un design sonore plus complexe que cela aurait été normalement possible. De plus, l'interface qui permet de brancher et de débrancher les câbles est très bien faite, c'est un ajout inestimable pour ceux qui aiment les synthétiseurs analogiques.

Je pense qu'en général, les compositeurs établissent la structure de leurs thèmes avant de commencer à composer. C'est également possible avec DS-10, mais le plus important est que je voulais donner la possiblité aux gens de s'amuser avec le logiciel sans pour autant avoir une idée en tête. Pour reprendre les termes de Sano, "c'est comme manipuler de la terre glaise". Et soudain, surprise, vous voilà avec une idée qui n'aurait jamais émergé dans une autre circonstance. Il faut juste ne pas oublier de sauvegarder ! Je pense que les possesseurs de Nintendo DS seront amusés de découvrir que le plaisir d'écouter et d'analyser les compositions des autres est un challenge finalement pas si différent que celui d'avancer dans un jeu vidéo.

Vous vous produisez sur scène en tant que membre des Black Mages. En cela, qu'avez-vous cherché à apporter à votre interprétation au concert EXTRA pour démontrer les possibilités du logiciel Korg ?

Okamiya : J'ai joué aujourd'hui comme je joue d'habitude avec ma guitare. Si vous utilisez le Kaoss Pad, vous pouvez réaliser des manoeuvres dynamique comme je l'ai fait. Les synthétiseurs analogiques ont généralement un clavier, mais ce n'est pas leur but premier. Pour produire de jolis sons, la connaissance théorique de la musique n'est pas nécessaire, et c'est pour cela que je veux inviter les gens à essayer le logiciel. C'est cet aspect de Korg DS que j'ai cherché à démontrer aujourd'hui.

Seriez-vous prêt à utiliser une DS lors du prochain concert des Black Mages ?

Okamiya : Et comment ! C'est vraiment un instrument intéressant en concert et, du point de vue du public, c'est totalement unique. J'aimerais essayer à nouveau à l'avenir. Brancher une console de jeu sur un ampli Marshall et jouer de la musique, c'est une impression unique !

En tant que producteur de Korg DS-10, que pensez-vous de la rencontre entre jeu vidéo et création musicale ? Avez-vous songé à créer un logiciel de guitare sur console de salon ?

Okamiya : Je me concentre plutôt sur l'aspect promotionnel. C'est souvent pour cela que je collabore aux projets. J'ai le sentiment de la musique de jeu est de plus en plus populaire. J'entends souvent des personnes créer de la musique inspirée par les souvenirs qu'ils ont d'un jeu. Un autre avantage est que la musique outrepasse les barrières de la langue, ce qui nous permet de communiquer directement avec des gens du monde entier. Dans la création d'un jeu vidéo, la musique joue un rôle essentiel, et je pense qu'il faut la traiter avec de la sensibilité, comme les autres éléments importants du game design.

Je serais extrêmement intéressé si d'autres logiciels de création musicale venaient à être conçus à l'avenir, et notamment des logiciels dédiés aux guitaristes. Il y a évidemment des restrictions en terme de matériel, mais un simulateur d'ampli, par exemple, serait très pratique... Je ferais mieux d'arrêter là, sinon je risque de laisser filer trop d'informations à propos de mon prochain projet.

Pour finir, avez-vous apprécié votre interprétation à EXTRA ?

Okamiya : C'était vraiment amusant. Tu n'avais pas envie de continuer, Sano ?

Sano : Bien sûr que si. Je suis convaincu que le public a passé un bon moment, mais ceux qui ont passé le meilleur moment, ce sont ceux qui étaient sur scène ! La prochaine fois, invitez-nous dans votre pays.

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Images reproduites avec l'autorisation de 5pb. Records, Yoshie Miyajima de Procyon Studio, Peter Gallina de Photofashion, et Michio Okamiya

3 commentaires:

Denys Fontanarosa a dit…

Super interview, merci beaucoup!

François a dit…

Ouais, très sympa. j'ai eu l'occase de tester chez un pote, c'est plutôt marrant sur une soirée avec quelques autres instrus même si au niveau compo en lui même cela montre vite ses limites.

Darry Booper a dit…

Ok avec Francois, manque de pattern pour des compos un peu + longue, mais l'on arrive a faire du bon travail, voir mes productions avec KORGDS10 :

http://www.youtube.com/user/darrybooper
http://www.myspace.com/booperdarry

booperdarry@myspace.com