jeudi 28 mai 2009

Critique éclair : Sanctuary

Sanctuary / THE STAR ONIONS
Musique composée par Naoshi Mizuta, Kumi Tanioka et Nobuo Uematsu, arrangée par Takahito Eguchi, Masakazu Sugimori, Masato Kôda et Naoshi Mizuta. Cliquez ici pour plus d'informations.

Le premier album des Star Onions n'était pas toujours du meilleur goût, il faut bien l'admettre. Je passe sous silence les désastres signés Masato Kôda (ne l'accablons pas). Mais le reste avait souvent un côté synthétique trop prononcé, pas forcément en accord avec l'univers de Vana'diel, aux inspirations médiévales et exotiques. Naoshi Mizuta a rectifié le tir avec ce deuxième album, au nom lui-même évocateur : Sanctuary. On ne sait plus trop ce à quoi correspond le nom du groupe, puisque seul Mizuta joue d'un instrument sur le disque, mais cela n'a pas vraiment d'importance... Sanctuary est une franche réussite, portée par le son tantôt apaisant, tantôt mystérieux des instruments acoustiques. Le synthétiseur est banni, c'est tout juste si les deux dernières pistes rappellent à certains égards le côté electro-pop du dernier album. Entre les ballades portées par la flûte ou la guitare ("Voyager" et "Gustaberg", fantastiques), les ambiances lugubres mais fascinantes où se glisse parfois l'accordéon ("Xarcabard" et le thème de Promyvion) et les fusions tango-rock-acoustique totalement jouissives ("Fighters of the Crystal" et "Rapid Onslaught -Assault-" !), le disque a beaucoup à offrir. A écouter et réécouter sans cesse en cette fin de printemps où la chaleur nous gagne à nouveau.

Appréciation : excellent

Voyez également mon article sur FFWorld, pour en savoir plus.

mercredi 6 mai 2009

Persona 4, interview avec Shoji Meguro

C'est la semaine dernière qu'est sorti au Japon le remake sur PSP du premier Persona, publié par Atlus. Pour la première fois, le compositeur Shoji Meguro est en charge de la réalisation. En ce début mai sort également, en Amérique cette fois, le nouvel épisode de la série Devil Summoner, Raidô Kuzunoha VS. King Abaddon. La bande originale est composée par Meguro lui-même. En août de cette année, trois morceaux de Persona 4, écrits par le compositeur, figureront au programme du concert Press Start: Symphony of Games au Tokyo Metropolitan Art Space à Ikebukuro. Dans cette interview, Shoji Meguro revient sur Persona 4, et tout particulièrement sur l'utilisation des chansons à la fois dans les cinématiques et les combats, ainsi que sur le rôle joué (ou non) par le scénario du jeu.

Interview réalisée par Jeriaska, traduite par Ryojiro Sato. Le texte est disponible en anglais sur GameSetWatch, en italien sur Gamesource.it et en japonais sur Game Design Current.

M. Meguro, merci de vous joindre à nous pour discuter de la bande originale de Persona 4. Shin Megami Tensei: Devil Summoner 2 va bientôt sortir en Amérique. La bande originale joue-t-elle un rôle essentiel dans la création de l'ambiance de l'ère Taishô, au début du XXème siècle au Japon ?

Shoji Meguro : Les musiques de la bande originale ne visent pas toutes à représenter l'ère Taishô, à travers des instruments traditionnels japonais ou des mélodies spécifiques. La série Raidô dispose d'une atmosphère unique, et quand j'ai réfléchi aux musiques, j'ai voulu correspondre à cette atmosphère.

Dans le thème d'ouverture, c'est le shakuhachi qui permet de définir la période. Il s'agit d'une flûte en bambou à embouchure libre. Je crois que pour la plupart des gens, elle produit un effet immédiat. Je trouve que cet instrument seul suffit à reproduire l'atmosphère de l'ère Taishô.


Certains sites tels que Gamasutra et Kotaku ont décelé la thématique de la personnalité refoulée dans Persona 4. Cette thématique semble évoquée dans les titres des pistes, "Pursuing My True Self" et "Reach Out To The Truth". Avez-vous délibérément cherché à refléter le leitmotiv de l'aveuglement à son propre égard ?

On peut dire qu'il existe un lien entre la logique absolue et la bande originale de Persona. A propos de mon travail en tant que compositeur, le thème d'ouverture "Pursuing My True Self" m'a d'une certaine manière aidé à souligner la psychologie des personnalités explorées par la bande originale.

Si en apparence, les protagonistes se conduisent calmement, en réalité ils sont en conflit. Le thème de combat "Reach Out To The Truth" exprime la forte détermination de ces personnages alors qu'ils cherchent à triompher de leurs conflits intérieurs.

"Reach Out To The Truth" sert d'accompagnement aux combats à l'intérieur du Midnight Channel. La chanson fera partie du programme du concert Press Start: Symphony of Games, une première pour la série. Comment avez-vous travaillé avec la chanteuse Shihoko Hirata pour insuffler autant de dynamisme émotionnel dans la chanson ?

J'ai commencé par chercher une chanteuse capable de représenter le contexte de Persona 4, et c'est comme cela que j'ai rencontré Shihoko Hirata. Sans aucune hésitation, j'ai été convaincu que Mme Hirata devait faire du projet. En ce qui concerne le résultat dans la bande originale, j'ai pu lui faire confiance et ainsi lui laisser exprimer le degré d'émotion très difficile que la chanson exigeait.

En écrivant "Pursuing My True Self", connaissiez-vous les éléments de l'histoire tournant autour d'un mystérieux assassinat ou bien des conflits intérieurs des personnages ?

J'ai écrit la musique de l'ouverture avant, mais j'avais bien reçu un aperçu très schématique du scénario. Pour cette raison, composer une bande originale ressemble à l'écriture d'une histoire. D'abord, il faut absolument avoir en tête l'impression générale, puis ensuite s'intéresser aux petits détails tels que la mélodie de chaque piste. Personnellement, je bâtis un cadre pour me guider dans mon avancée. Ce n'est qu'ensuite que je commence à composer. Les petits détails s'ajoutent en même temps que l'histoire se développe, et que les dialogues parlés sont enregistrés.

La bande originale semble avoir été encore mieux accueillie que ce qui était attendu. Comment expliqueriez-vous le succès de cet album ?

Quand le moment est venu de publier l'album, une très grande attention a été apportée à chacune des pistes. Les chansons, en particulier, ont été corrigées pour que la balance soit optimale. La masterisation a été optimisée pour l'enregistrement en 24 bit/48 kHz.


Qui a écrit les paroles de ces chansons ?

C'est le travail de Reiko Tanaka. Nous avons travaillé sur trois chansons ensemble depuis Persona 3. Ses paroles en anglais sont excellentes.

Selon une interview dans le magazine Play, votre première piste pour Atlus était "Aria of Soul", le thème de la Velvet Room du premier Persona. Comment avez-vous conçu le remix de la chanson dans la bande originale de Persona 4, publiée par Aniplex Records au Japon, et comment aimeriez-vous arranger la piste à l'avenir ?

"Aria of Soul" se retrouve sous la même forme dans Persona 3 et 4. J'ai trouvé que la chanson avait été très bien reprise dans le précédent épisode. C'est pour cela que les prochains arrangements devraient être similaires en terme de structure. J'ai une petite idée pour les prochaines évolution du thème, mais c'est encore un secret. (rires) "Electronica in Velvet Room" a été ajoutée dans la bande originale en tant que piste bonus, elle n'a donc aucun lien avec le jeu.

Pour conclure, vous avez dit dans une précédente interview que vous avez étudié la construction mécanique à l'université. Cette formation a-t-elle bénéficié à votre travail dans le domaine de la musique électronique ?

Jusqu'à mon arrivée à l'université, je savais que je voulais devenir scientifique (au lycée, je m'étais concentré sur les mathématiques et la science), et je m'intéraissais beaucoup à la technologie. A l'époque, je trouvais cela naturel que cet intérêt concerne aussi les instruments de musique électronique.

Pour quelqu'un qui s'intéresse à la composition pour les jeux vidéo, c'est un avantage certain de se retrouver dans un bâtiment rempli d'ordinateurs. En ce sens, mon expérience de la programmation depuis le lycée a été extrêmement utile.

[Images : Atlus. Vous pouvez acheter la bande originale de Persona 4 en import sur Amazon.co.jp.]

jeudi 30 avril 2009

Interview vidéo avec Noriyuki Asakura

Vous avez peut-être déjà lu l'interview avec Noriyuki Asakura publiée il y a quelques semaines. Si vous désirez voir l'homme répondre en personne aux questions, c'est possible, grâce à cette vidéo qui reprend l'interview, avec quelques petites informations inédites en guise de bonus. Et, bien sûr, un accompagnement musical permettant de cerner la fameuse "musique progressive asiatique" théorisée par le musicien.

lundi 13 avril 2009

Neurovision, par Mitsuto Suzuki

Mise à jour : Neurovision est à nouveau disponible sur le store français d'iTunes ! Cliquez ici pour le télécharger (7,92 euros). Et n'oubliez pas que vous pouvez aussi retrouver In My Own Backyard en cliquant ici.

Ce Mitsuto Suzuki est un sacré numéro. Un ancien de Konami arrivé chez Square Enix en 2006, il n'est officiellement "que" programmeur du synthétiseur, en charge notamment de Project Sylpheed, Sigma Harmonics et, en ce moment-même, Final Fantasy XIII. Mais il fait depuis lors son petit bonhomme de chemin, contribuant d'abord généreusement aux trois Square Enix Music Official Bootleg avant de lâcher une bombe en novembre 2007 : In My Own Backyard, un album solo distribué via iTunes par Square Enix. Certes, cette bombe était finement préparée par les official bootlegs, mais le style unique du musicien a littéralement éclaté au grand jour. Je me souviens encore d'avoir perdu ma mâchoire devant "Sound of Dream", merveilleuse chanson planante dont le nom tient définitivement sa promesse.


Le revoilà en ce début d'année 2009 avec un deuxième album solo qui se place dans la continuité directe du premier. Neurovision est lui aussi publié sur iTunes par la société qui l'emploie. Dix nouvelles pistes inédites qui explorent plus profondément encore les inspirations électroniques de cet étonnant faiseur d'ambiance. Tout n'est peut-être pas de très bon goût, encore que cela dépende largement des préférences de chacun, mais il y a des moments magiques qui valent sans conteste le déplacement. Dans les morceaux chantés, l'influence Daft Punk est plus que jamais omniprésente : voix robotiques qui se répondent indéfiniment les mêmes mythologies spatiales (piste 9, "Recall"), chant monochorde ni vraiment masculin, ni vraiment féminin (piste 1, "Neuro vision") ou chœurs aussi diffus que pénétrants (piste 7, l'excellente "Something"), il serait difficile de ne pas remonter jusqu'au groupe français.

C'est cependant la partie instrumentale de Neurovision qui est la plus magique. La recette est pourtant bien similaire : Suzuki est un adepte de la musique électronique douce et planante, toujours voilée par une sorte de flou rêveur auquel il est difficile de résister. "Spring coat" et "Seasons of Change" sont de loin les meilleurs morceaux. Le premier est un long crescendo aquatique, tandis que le second s'offre un rythme plus vif et un final façon voix automatique à l'imaginaire futuriste si peu attendu (on dirait même la logorrhée new age de la station de radio "The Journey" de GTAIV). A noter que "Seasons of Change" forme un enchaînement frappant avec "Something", que j'ai déjà qualifiée d'excellente mais qui mériterait bien plus de superlatifs pour illustrer la beauté cotonneuse et subtilement rétro de ses passages les plus intenses.

Mitsuto Suzuki

"Neuro vision", "Dream real" et, surtout, "Realize" se lancent dans un style beaucoup plus orienté techno que musique électronique, ce qui les rend malheureusement assez superficielles. Non, le musicien ne réussit pas à nous marquer autant qu'avec ses ambiances tantôt glacées, tantôt aériennes. La reprise de "Clear" d'In My Own Backyard figure très bien ce style enchanteur. Et si... et si Mitsuto Suzuki composait un jour dans ce style pour un jeu vidéo ? Tout laisse à penser que ce serait le jeu qui serait porté par la musique, et non l'inverse. Il a déjà donné à Dissidia une reprise cristalline toute justifiée du fameux "Prelude" de Nobuo Uematsu. Bon, un Final Fantasy, ce n'est peut-être pas le meilleur choix pour ce style. Eh bien, nous verrons quel développeur de Square Enix sera le premier prêt à faire ce pari.

vendredi 10 avril 2009

Interview Kenji Ito et Masahiro Sakurai

Le 21 février 2009 s'est déroulé, à la salle Uchisaiwaicho Hall de Chiyoda, Tokyo, un événement en honneur de la musique de Kenji Ito : "gentle echo meeting". Le spectacle, organisé par le studio Harmonics International, consistait en un petit concert suivi d'une discussion. Un groupe formé de cinq musiciens (dont Kenji Ito au piano et à la guitare) a interprété cinq pistes issues du répertoire du compositeur, et notamment de sa contribution au monde du RPG japonais.

Entre les pistes, Kenji Ito a pris le temps de discuter avec Masahiro Sakurai, le réalisateur de la fameuse série Smash Bros. de Nintendo. Sakurai est une figure très connue au Japon, notamment suite à sa participation à la série de concerts Press Start: Symphony of Games. Dans cette interview, Kenji Ito et Masahiro Sakurai sont rejoints par Koji Suga, de Harmonics International, pour discuter de l'organisation de cet événement.

L'interview, conduite à l'origine en anglais par GameSetWatch, est disponible en français sur Squaremusic, en japonais sur Game Design Current et en italien sur Gamesource.it.

samedi 4 avril 2009

Critique éclair : Star Ocean 4 OST

Star Ocean -The Last Hope- Original Soundtrack
Musique composée et produite par Motoi Sakuraba. Cliquez ici pour plus d'informations.

C'est étrange, mais j'ai eu de l'espoir jusqu'au bout. Comme si Infinite Undiscovery m'avait ensorcelé. La chute a été d'autant plus difficile. Pourtant, c'était à prévoir : accablé par le travail, Sakuraba n'a vraiment plus le temps de se réinventer, ni même de réfléchir. La bande originale de Star Ocean 4 se noie dans son propre style, qui n'est désormais rien de plus qu'une auto-parodie involontaire du compositeur. Ces pistes orchestrales bourrées de cuivres pénibles, ces bouillies spectaculaires en apparence mais d'un vide cosmique, ces morceaux sans aucune mélodie captivante ; tous sont d'un terrible ennui et n'ont pas même un semblant de saveur. Il n'y a même pas une "grande" piste pour porter le reste. Seul le penchant progressif de Sakuraba parvient à le sauver : entre les horreurs se niche une petite collection de déchaînements à la sauce rock progressif tout à fait magnifique. Depuis "Blood on the Keys", premier bijou, jusqu'à l'apothéose "Brilliant Rose", en passant par des merveilles semble-t-il sorties d'une époque où Sakuraba était génial ("Night of the Chase" ! "Don't Be a Hero" !), il y a tout juste de quoi avoir un brin d'espoir. Non, non, je n'ai rien dit. L'espoir, je l'ai déjà eu. C'est fini désormais. Et tri-Ace qui se prépare à annoncer un nouveau RPG. Nous n'avons pas fini de regretter Motoi Sakuraba, avec un grand M et un grand S.

Appréciation : très faible

lundi 2 mars 2009

Critique éclair : FFCC Echoes of Time

Final Fantasy Crystal Chronicles Echoes of Time OST
Musique composée et arrangée par Kumi Tanioka. Synthétiseur programmé par Yasuhiro Yamanaka. Cliquez ici pour plus d'informations.

En 2003, Kumi Tanioka nous avait tous épaté avec la merveilleuse bande son de Final Fantasy Crystal Chronicles, portée par le son pénétrant de ses instruments anciens. Quelques années plus tard, le constat était amer avec Ring of Fates, deuxième épisode de cette série réservée à Nintendo... Bien que justifié par la compositrice, l'aspect orchestral de la bande originale s'était révélé très fade. Echoes of Time, dernier épisode en date, ressemble visuellement à une copie carbone de Ring of Fates. Et pourtant, musicalement parlant, c'est une toute autre histoire : libérée d'un scénario pseudo-dramatique, Tanioka s'est replongée dans les racines rêveuses de la saga. Place à une instrumentation plus pimentée (dans les limites du possible, nous sommes sur DS), avec notamment beaucoup de flûte de pan, d'étonnants solos de cornemuse, quelques accompagnements à la guitare acoustique, des percussions entraînantes... L'ambiance globale est très séduisante. Les thèmes de combat font partie des plus réussis : les deux pistes "Boss" du CD1 se démarquent par l'utilisation de la cornemuse, tandis que sur le CD2 se trouvent deux morceaux remarquables, l'un mystique (piste 5, à la "Awakening" de FFXI), l'autre d'un rock gothique aux sonorités curieusement nostalgiques (piste 18, on dirait presque le final de "Dancing Mad"). Un grand bravo à Tanioka pour ce retour en force !

Appréciation : bon